L’origine du monde est une
L’origine des guerres est un
L’origine du monde représente un pinceau avec lequel est peinte toute origine inachevée qui découle et coule depuis ce commencement.
L’origine de la guerre demeure là-bas aussi, j’ai peine à le dire, ces mots déchirent la bouche qui a dit tant de bêtises autrefois, déchirent le foie qui a tant cru, aveugle, à sa noblesse.
Que deviennent les cordons ombilicaux ? Vont-ils au paradis ? Je les vois devenir masse comme un nœud de milliers de serpents venimeux dans un ailleurs très proche très serré très collé très à l’intérieur de l’origine comme si de l’acide voulait entrer par tous les pores d’une peau sans être vue et la narguant depuis son envers jusqu’en son dehors, avec leurs langues scindées sèches pendues aux bouches des enfants tourmentés pour ne pas dire pervers.
« Le démon tirait sa langue en leur langue ».
Je crois que les rituels de passage à l’âge adulte ont du bon. N’avons-nous jamais connu aucune anecdote sur un tyran dont l’éducation intègre un rite de passage ? Les écoles de commerce ne comptent pas. Les passations de rugbyman ne comptent pas. Qu’est-ce qui les différencie ? C’est vrai, je ne sais pas.
Si, en fait, ces passations comptent.
Je ne sais plus, je me perds et je n’aime pas ce texte. Je ne me vois plus en les miens. Je ne me vois plus en personne. Tout le monde est un enfant à commencer par mes parents.
Pourquoi veux-je à tout prix écrire sur la guerre ? Cela m’obsède. Je suis heureuse pourtant. Je ne suis offusquée de plus rien car je ne donne plus d’énergie à ce qui veut me détruire dans son anéantissement. Je ne suis pas indifférente, j’ai mon avis. Mais je ne le donne pas. Je laisse les choses laides foncièrement excrémentielles s’anéantir d’elles-mêmes, et il y en a beaucoup. Et maintenant tout le monde se croit stylé. Pardonnez-moi, je régurgite les liasses de papier toilette que vous imposez à ma vision à chacune de vos apparitions. Ôtez-vous de mon soleil. Ôtez-vous de vous-même, dépecez-vous sans encombre, publiez-le si ça vous flatte l’ego, de toute façon je ne suis pas là-bas, dans ce monde-là, celui qui s’éteindra à la première tempête.
J’aime profondément et j’ai foi, une foi immense et transcendante tout en vous trouvant bêtes. C’est dingue la contradiction humaine. J’ai vu des étincelles s’enflammer trop vite, c’est dommage. J’ai vu des radeaux de fortune partir à la dérive gaiement comme des bœufs d’élevage chantant vers l’abattoir. J’ai vu l’avenir dans les nuages et il était brillant. Noir brillant. Comme ce vernis que tu as apposé au bout de deux de tes doigts l’autre fois, mon amour. Si j’y pense j’ai peur et je pleure. Et tu fais glisser la nuit noire et brillante avec tes doigts dans l’origine de mon monde à venir. Dans l’origine de notre monde ? J’ai tellement envie d’y croire et quand j’y pense, j’entrevois la folie et elle me réconforte car elle diffère de la bêtise.
Toi aussi tu diffères, de tout. Je décide aujourd’hui de confondre les notions et de violer les lois qu’ont murmuré trop fort autrefois les hommes de toutes ces académies. Je donne un autre nom à la guerre. La guerre, c’est toi. Tu es ma guerre. Celle que je veux mener de front, pour laquelle je veux me battre, pour laquelle je veux me relever à chaque fois que je flanche. Tu es ma guerre et aimer une guerre me permettra de m’insérer enfin en dehors du trou béant de l’origine ancestrale, voir le jour qui suit la nuit que je n’ai jamais connue. Je ne vois en toi aucune bêtise, est-ce parce que je suis devenue bête moi-même, me balançant soumise et demandeuse à ta langue aux multiples talents ? Me juchant sur les répliques obscures qui gisent au bout de tes phalanges? Non. Je crois que tu es la guerre qui nous unit, qui tire le drapeau blanc aux adversaires qui nous habitent et je crains de mourir avant de ne pouvoir te vivre. À chaque fois que je te regarde et que je te vois, la réalité prend la valeur de la première pomme jamais mangée. Rare, tentatrice, exquise. As-tu déjà pensé à combien elle devait être obscènement savoureuse ? Dormir pour quoi ? Pour m’en aller rêver? Rêver m’indiffère en ce jour. Je me crois au paradis. Donc j’y suis, tout simplement. Tu m’as dit “dormir près de toi m’est insupportable car, quand vient le moment de fermer les yeux pour suivre la trajectoire fatale et biologiquement cruelle du sommeil, je subis cette extinction, tu me manques à en mourir”. Tu n’as pas vraiment dit ça, j’exagère. Tu as dit 1% de ça et j’en ai rehaussé le goût parce que je le pouvais. J’aurais aimé te le dire moi, alors te le dis maintenant, par écran interposé car j’essaye d’être moderne moi aussi.
Être ou ne pas être en ta guerre est la mesure de mon temps.
Je t’admire car tu spolies la réalité d’elle-même. C’est sulfureux et audacieux, tu ne t’en rends même pas compte.
“Miracle de la jeunesse pâle et furieuse”.
Les vraies guerres, celles qui se résolvent malgré la violence et l’oppression, se mènent au corps à corps, nous sommes en train de la comprendre toi et moi, contrairement à ceux qui s’acharnent.

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